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Comment lire un compte de résultat ?

Lecture en 7mn     Romain Laventure    

Dernière mise à jour le 5 décembre 2023

À chaque clôture d’exercice, le service comptable établit un compte de résultat. Il s’agit d’un document financier qui permet d’évaluer la performance économique d’une entreprise au cours d’une période donnée. Cet état de synthèse récapitule les charges et les produits de l’année en vue d’en dégager le chiffre d’affaires et le résultat de l’exercice. Il permet donc de déterminer si l’entreprise a enregistré un bénéfice ou une perte. Savoir lire cet état financier est indispensable pour tout chef d’entreprise afin de mesurer correctement la rentabilité de son activité. Dans ce présent article, on vous explique comment s’y prendre.

Comment lire un compte de résultat ?

Présentation du compte de résultat

Le compte de résultat est constitué de quatre éléments comptables :

  • le résultat d’exploitation ;
  • le résultat financier ;
  • le résultat exceptionnel ;
  • le résultat net comptable.

Le résultat d’exploitation

Ce résultat concerne les opérations courantes de l’entreprise, c’est-à-dire les activités qu’elle effectue de façon habituelle. Il s’obtient en calculant la différence entre les produits d’exploitation et les charges d’exploitation. On peut considérer comme produit d’exploitation :

  • les ventes de marchandises ;
  • les ventes de produits finis ;
  • les productions stockées ou immobilisées ;
  • les prestations de service ;
  • les commissions perçues ;
  • les provisions et les reprises sur amortissements ;
  • les subventions d’exploitation.

Pour ce qui est des charges d’exploitation, y sont comptabilisés :

  • les achats de matières premières ou de marchandises ;
  • les frais généraux (loyers, primes d’assurance, entretien et réparation) ;
  • les charges du personnel ;
  • les impôts et taxes ;
  • les dotations aux amortissements ;
  • les dépréciations et provisions.

Le résultat d’exploitation peut être positif. Ce qui sous-entend que le chiffre d’affaires couvre suffisamment les charges d’exploitation. Dans le cas contraire, les dirigeants doivent songer à faire augmenter le chiffre d’affaires ou à réduire les charges d’exploitation.

Le résultat financier

Le résultat financier reflète le mode de financement de l’entreprise. Il se calcule en faisant la différence entre les produits financiers et les charges financières. Les premiers regroupent les recettes financières de l’entreprise telles que :

  • les produits de placement ;
  • les revenus des titres de participation ;
  • les intérêts reçus ;
  • les gains de change ;
  • les escomptes obtenus.

Les seconds, quant à eux, correspondent aux dépenses financières. Il peut s’agir :

  • des intérêts sur comptes courants d’associés ;
  • les frais et commissions bancaires ;
  • les dotations et provisions financières ;
  • les charges sur cessions de valeurs mobilières de placement.

Le résultat financier donne une image de la situation financière de l’entreprise. Lorsqu’il est positif, l’entreprise réalise un bénéfice financier. Mais cela pourrait aussi traduire un manque d’investissement. En revanche, un résultat financier négatif marque un endettement de l’entreprise.

Le résultat exceptionnel

Comme son nom l’indique, le résultat exceptionnel prend en considération les opérations exceptionnelles. Il concerne les évènements inhabituels qui ne relèvent pas de l’activité courante de l’entreprise. Ce résultat correspond à la différence entre :

  • les produits exceptionnels (dégrèvements d’impôts, subventions, pénalités clients, etc) ;
  • les charges exceptionnelles (amendes et pénalités, créances irrécouvrables, versement de dons, rappels d’impôt).

Le résultat net comptable

Le résultat net correspond à la somme du résultat d’exploitation, financier et exceptionnel, déduite de l’impôt sur les bénéfices et la participation des salariés. Il révèle ce que l’entreprise a gagné durant l’exercice comptable. Si ce résultat final est positif, l’entreprise a fait un bénéfice qui sera distribué aux associés ou mis en réserve. En revanche, un résultat négatif signifie un déficit qui peut impacter la réserve de l’entreprise.

Lecture et analyse du compte de résultat

Lors de la lecture du compte de résultat, il convient d’être attentif sur certaines données importantes. Il s’agit entre autres :

  • le niveau de chiffre d’affaires ;
  • le volume des achats effectués ;
  • la variation des stocks ;
  • la masse salariale et les cotisations patronales ;
  • les frais externes ;
  • les charges exceptionnelles ;
  • le coût de la politique de financement.

De même, il faut être vigilant sur certains points, notamment :

  • une stagnation ou une baisse du chiffre d’affaires par rapport aux exercices précédents qui signifie que l’entreprise régresse ou ne progresse pas ;
  • une baisse du taux de marge commerciale qui traduit une hausse des prix d’achat non répercutés sur le prix des ventes ;
  • des frais externes importants ;
  • des charges exceptionnelles trop élevées.

L’analyse du compte de résultat avec les ratios

Les données du compte de résultat permettent de calculer des ratios financiers. Ces derniers sont utiles pour avoir une vision de la santé financière de l’entreprise et de trouver des solutions pour l’améliorer.

Le seuil de rentabilité (SR)

Le seuil de rentabilité correspond au niveau de chiffre d’affaires qu’il faut atteindre pour couvrir l’ensemble des charges. Le résultat est alors égal à zéro. L’entreprise n’enregistre donc pas ni un bénéfice ni une perte.

Le seuil de rentabilité se calcule en divisant le montant des charges fixes avec le taux de marges sur coûts variables.

  • SR = montant des charges fixes/taux de marge sur coûts variables

Le taux de marge sur coûts variables s’obtient avec la formule suivante :

  • Taux de marge sur coûts variables = (chiffre d’affaires – coûts variables)/chiffre d’affaires

La capacité d’autofinancement (CAF)

La capacité d’autofinancement (CAF) est un indicateur financier essentiel qui permet d’évaluer la capacité d’une entreprise à générer des liquidités (trésorerie) à partir de ses activités opérationnelles, sans avoir besoin de recourir à des financements extérieurs tels que des emprunts ou des investisseurs. En d’autres termes, il mesure la capacité d’une entreprise à financer ses opérations courantes et à maintenir son activité sans dépendre de sources de financement externes.

Voici une explication détaillée de la formule de calcul de la CAF :

  1. Résultat net comptable : il s’agit du bénéfice net de l’entreprise après avoir pris en compte toutes les charges, y compris les charges d’exploitation, les charges financières, les impôts sur les bénéfices, et d’autres éléments comptables. Le résultat net représente la performance financière globale de l’entreprise sur une période donnée.
  2. Charges calculées : ce sont les charges qui sont prises en compte dans le calcul de la CAF. Ces charges incluent généralement les dépenses opérationnelles nécessaires au fonctionnement quotidien de l’entreprise, telles que les coûts de production, les salaires et les dépenses de fonctionnement.
  3. Produits calculés : ce sont les revenus générés par les activités opérationnelles de l’entreprise. Ils comprennent les ventes de produits ou de services, les revenus des ventes d’actifs, les intérêts perçus, et d’autres sources de revenus directement liées à l’activité principale de l’entreprise.
  4. Valeur comptable des éléments d’actifs cédés : cette composante concerne la vente d’actifs de l’entreprise, tels que des équipements ou des biens immobiliers. La valeur comptable de ces actifs cédés représente leur valeur au bilan comptable de l’entreprise au moment de la cession.
  5. Produits de cession des éléments d’actifs cédés : il s’agit des revenus générés par la vente d’actifs de l’entreprise. Ces revenus sont obtenus lorsque l’entreprise vend des actifs qu’elle n’utilise plus dans son activité principale.

La formule CAF tient compte de ces différents éléments pour évaluer la capacité de l’entreprise à dégager des liquidités à partir de ses opérations courantes, en prenant en compte à la fois ses revenus, ses dépenses et les ventes d’actifs. Une CAF positive indique que l’entreprise est capable de financer ses activités et de couvrir ses besoins en trésorerie sans avoir à emprunter ou à solliciter d’autres sources de financement externes.

En revanche, une CAF négative pourrait signifier que l’entreprise a besoin de trouver des sources de financement externes pour maintenir ses opérations ou pour investir dans de nouveaux projets.

La capacité d’autofinancement (CAF) peut être mieux comprise à travers des exemples concrets ! Imaginez une petite boulangerie qui souhaite évaluer sa CAF. Voici comment chaque composante s’applique à cette entreprise :

  1. Résultat net comptable : le résultat net de la boulangerie est de 10 000 € après avoir soustrait toutes les charges, y compris les coûts des ingrédients, les salaires des employés, les frais de loyer et les impôts.
  2. Charges calculées : les charges calculées pour la boulangerie incluent les dépenses quotidiennes telles que les coûts des matières premières (farine, sucre, etc.), les salaires des boulangers et les coûts d’exploitation (loyer du magasin, électricité, etc.). Ces dépenses s’élèvent à 8 000 €.
  3. Produits calculés : les produits calculés sont les revenus générés par la vente de pain, de viennoiseries et de pâtisseries. Ces revenus s’élèvent à 18 000 €.
  4. Valeur comptable des éléments d’actifs cédés : Supposons que la boulangerie vende un vieux four à pain pour 2 000 €. La valeur comptable de ce four au moment de la cession était de 1 500 €.
  5. Produits de cession des éléments d’actifs cédés : en vendant le vieux four à pain, la boulangerie génère 2 000 € de revenus.

Maintenant, calculons la CAF pour cette boulangerie en utilisant la formule :

  • CAF = Résultat net comptable + charges calculées – produits calculés + valeur comptable des éléments d’actifs cédés – produits de cession des éléments d’actifs cédés
  • CAF = 10 000 € + 8 000 € – 18 000 € + (2 000 € – 1 500 €)
  • CAF = 10 000 € – 10 000 € + 500 €
  • CAF = 500 €

Dans cet exemple, la CAF de la boulangerie est de 500 €. Cela signifie que l’entreprise a généré 500 € de liquidités à partir de ses opérations courantes, ce qui pourrait être utilisé pour couvrir d’autres besoins financiers de l’entreprise, tels que l’achat de nouveaux équipements ou le remboursement de dettes. Une CAF positive indique que l’entreprise peut financer ses activités sans recourir à des financements externes.

La capacité de remboursement des emprunts

La capacité de remboursement d’une entreprise donne un aperçu de la capacité de l’entreprise à rembourser ses dettes. Elle se calcule comme suit :

Capacité de remboursement des emprunts = endettement financier / CAF

La lecture du compte de résultat est incontournable pour tout chef d’entreprise. L’analyse de cet état financier est fondamentale pour voir comment les ressources sont distribuées. Ce document est un véritable outil d’aide à la décision pour un dirigeant. C’est pourquoi il est important de savoir le lire et l’interpréter correctement !

Auteur

Par Romain Laventure

Secrétaire Général de Kandbaz, en charge du pôle juridique, Administrateur du Synaphe (syndicat professionnel de l’hébergement d’entreprise)

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